En didactique, on évalue volontiers les contenus et les activités. On évalue plus rarement l’interface par laquelle l’apprenant y accède. Pourtant, une navigation confuse, des consignes dispersées, des boutons ambigus ou des menus surchargés ont des effets directs sur l’apprentissage.
Ce qu’est l’utilisabilité
L’utilisabilité désigne la facilité avec laquelle des utilisateurs atteignent leurs objectifs avec un système, de manière efficace, efficiente et satisfaisante. Nielsen (1993) en a popularisé les composantes : facilité d’apprentissage, efficience, mémorisation, faible taux d’erreurs et satisfaction.
Dans un dispositif de formation, l’objectif de l’utilisateur n’est pas d’utiliser la plateforme : c’est d’apprendre. Toute difficulté d’usage est une distraction par rapport à cet objectif.

Une charge cognitive inutile
La théorie de la charge cognitive (Sweller, 1988) distingue la charge liée à la difficulté intrinsèque de ce qu’on apprend et la charge dite extrinsèque, liée à la manière dont l’information est présentée. Une interface confuse augmente cette charge extrinsèque, au détriment des ressources disponibles pour apprendre.
Pour un apprenant de langue étrangère, la situation est encore plus délicate : il doit comprendre une interface rédigée, au moins en partie, dans la langue qu’il apprend. La difficulté linguistique s’ajoute à la difficulté d’usage.
Évaluer simplement
Tester l’utilisabilité d’un dispositif ne demande pas de laboratoire. Quelques méthodes simples suffisent :
- observer trois à cinq apprenants découvrir le cours, en leur demandant de penser à voix haute ;
- noter les hésitations, les erreurs de navigation, les questions posées ;
- faire passer un questionnaire court et standardisé, comme le System Usability Scale (Brooke, 1996) ;
- corriger les problèmes les plus fréquents avant le déploiement.
Les améliorations d’utilisabilité sont souvent les plus rentables.
Une dimension parmi d’autres
L’utilisabilité n’est pas une fin en soi. Un dispositif très facile à utiliser peut rester pédagogiquement pauvre. C’est pourquoi je défends une évaluation qui croise l’utilisabilité avec l’utilité pédagogique et l’acceptabilité (Tricot et al., 2003). Mais l’oublier, c’est prendre le risque de concevoir d’excellents contenus que les apprenants n’arrivent pas à atteindre.
Un exemple concret
Un module de FLE en ligne présente des résultats décevants à l’évaluation finale. L’équipe pense d’abord que les contenus sont trop difficiles. Avant de les modifier, elle observe cinq apprenants découvrir le module en pensant à voix haute.
Les observations sont éclairantes : les consignes sont placées dans un onglet séparé que les apprenants ne trouvent pas, le bouton pour passer à l’activité suivante est peu visible, et les exercices d’écoute ne fonctionnent pas sur certains téléphones. Plusieurs apprenants font les exercices sans avoir lu les consignes.
L’équipe regroupe les consignes avec les activités, rend la navigation plus visible et corrige les problèmes techniques. Les résultats s’améliorent sans que les contenus aient été modifiés.
Ce que cela change pour l’évaluation
Cet exemple montre qu’un problème attribué aux contenus ou aux apprenants peut en réalité relever de l’utilisabilité. Une évaluation pédagogique qui ignorerait cette dimension risquerait de proposer de mauvaises solutions.
Intégrer des tests d’utilisabilité dans l’évaluation des dispositifs, même légers, permet de distinguer les difficultés d’apprentissage des difficultés d’usage.
En conclusion
L’utilisabilité est une condition de l’apprentissage en ligne. Une interface confuse consomme l’attention que l’apprenant devrait consacrer à apprendre, en particulier en langue étrangère. Tester un dispositif auprès de quelques apprenants avant de le déployer est simple, peu coûteux, et souvent décisif.
Et vous ? Avez-vous déjà observé un apprenant découvrir votre cours en ligne pour la première fois ?
Références
- Brooke, J. (1996). SUS: A « quick and dirty » usability scale. Dans P. W. Jordan, B. Thomas, B. A. Weerdmeester et I. L. McClelland (dir.), Usability evaluation in industry (p. 189–194). Taylor & Francis.
- Nielsen, J. (1993). Usability engineering. Academic Press.
- Sweller, J. (1988). Cognitive load during problem solving: Effects on learning. Cognitive Science, 12(2), 257–285.
- Tricot, A., Plégat-Soutjis, F., Camps, J.-F., Amiel, A., Lutz, G., et Morcillo, A. (2003). Utilité, utilisabilité, acceptabilité : interpréter les relations entre trois dimensions de l’évaluation des EIAH. Actes de la conférence EIAH 2003 (p. 391–402). INRP.


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