Donner aux apprenants accès à leurs propres données est une idée séduisante. Ils pourraient mieux planifier leur travail, se situer, identifier ce qui leur reste à faire. Beaucoup de plateformes proposent désormais des tableaux de bord destinés aux apprenants, avec barres de progression, graphiques d’activité et parfois comparaison au groupe.
Un outil au service de l’autorégulation
L’intérêt principal de ces tableaux de bord est de soutenir l’autorégulation. Zimmerman (2002) décrit l’apprenant autorégulé comme celui qui planifie, contrôle et évalue son propre apprentissage. Disposer d’informations sur sa progression peut nourrir chacune de ces phases.
Encore faut-il que les informations soient compréhensibles, pertinentes et actionnables.

Ce que montre la recherche
Une revue de la littérature sur les tableaux de bord de learning analytics a montré que leurs fondements pédagogiques sont souvent faibles, et que la comparaison sociale y est fréquente sans que ses effets soient bien évalués (Jivet et al., 2018). Les auteurs invitent à concevoir ces outils à partir des théories de l’apprentissage plutôt qu’à partir des données disponibles.
La comparaison à la moyenne du groupe peut stimuler certains apprenants, mais en décourager d’autres, en particulier ceux qui sont déjà en difficulté. Pour eux, voir qu’ils sont en dessous de la moyenne peut renforcer un sentiment d’incompétence.
Concevoir avec prudence
Je pense qu’un tableau de bord apprenant devrait respecter quelques principes :
- montrer d’abord la progression par rapport aux objectifs du cours et par rapport à soi-même ;
- rendre la comparaison au groupe facultative, et non imposée ;
- associer chaque indicateur à une action possible : une ressource à revoir, une activité à faire ;
- expliquer comment les indicateurs sont calculés.
Un bon tableau de bord aide à décider quoi faire ensuite.
Le rôle de l’accompagnement
Les tableaux de bord ne remplacent pas l’accompagnement humain. Ils peuvent servir de support à un échange avec l’enseignant ou le tuteur : regarder ensemble les données, discuter de ce qu’elles signifient, fixer des objectifs. C’est dans cet usage partagé que leur valeur pédagogique est la plus forte.
La motivation, enfin, se nourrit du sentiment de compétence (Ryan et Deci, 2000). Un tableau de bord qui montre les progrès réalisés, même modestes, soutient ce sentiment ; un tableau qui souligne surtout les retards peut l’éroder.
Un exemple concret
Une plateforme de formation propose à ses apprenants un tableau de bord qui affiche leur score comparé à la moyenne du groupe. Les retours sont contrastés : les apprenants les plus avancés le trouvent motivant, mais plusieurs apprenants en difficulté disent s’être découragés en voyant leur position.
L’équipe redessine le tableau de bord. La vue par défaut montre désormais la progression de l’apprenant vers les objectifs du cours, module par module, avec des suggestions d’activités pour les objectifs non atteints. La comparaison au groupe reste disponible, mais seulement sur demande. Un bouton permet de demander un rendez-vous avec le tuteur à partir du tableau de bord.
Ce que cela change pour l’évaluation des dispositifs
Évaluer un tableau de bord apprenant ne peut pas se limiter à mesurer sa fréquence de consultation. Il faut se demander s’il aide réellement les apprenants à se réguler : planifient-ils mieux leur travail ? Identifient-ils mieux leurs difficultés ? Leurs résultats s’améliorent-ils ?
Il faut aussi examiner ses effets différenciés : un outil qui motive certains apprenants et en décourage d’autres peut creuser les écarts. Analyser les effets selon les profils est indispensable. Une revue systématique de la recherche sur les tableaux de bord d’apprentissage souligne d’ailleurs que leurs effets réels sur l’apprentissage restent encore peu évalués (Schwendimann et al., 2017).
En conclusion
Les tableaux de bord pour les apprenants peuvent soutenir l’autorégulation, à condition d’être conçus à partir des théories de l’apprentissage et non à partir des données disponibles. Montrer la progression vers les objectifs, proposer des actions et rester prudent avec la comparaison sociale sont des principes simples qui changent beaucoup leur effet.
Et vous ? Préférez-vous voir votre progression seule ou comparée à celle des autres ?
Références
- Jivet, I., Scheffel, M., Specht, M., et Drachsler, H. (2018). License to evaluate: Preparing learning analytics dashboards for educational practice. Proceedings of the 8th International Conference on Learning Analytics and Knowledge (p. 31–40). ACM.
- Ryan, R. M., et Deci, E. L. (2000). Self-determination theory and the facilitation of intrinsic motivation, social development, and well-being. American Psychologist, 55(1), 68–78.
- Schwendimann, B. A., Rodríguez-Triana, M. J., Vozniuk, A., Prieto, L. P., Boroujeni, M. S., Holzer, A., Gillet, D., et Dillenbourg, P. (2017). Perceiving learning at a glance: A systematic literature review of learning dashboard research. IEEE Transactions on Learning Technologies, 10(1), 30–41.
- Zimmerman, B. J. (2002). Becoming a self-regulated learner: An overview. Theory Into Practice, 41(2), 64–70.


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