Se tester pour apprendre, pas seulement pour être noté

Le quiz est souvent vu comme un outil de contrôle. C’est aussi l’un des moyens les plus efficaces d’apprendre.

IMTIYAZ AcademyIbrahim Ben KhajjouChercheur en sciences de l'éducationmai 22, 20264 min de lecture0 commentaires

Relire ses notes donne une impression de maîtrise. Le texte devient familier, on le reconnaît, on a le sentiment de le savoir. Pourtant, cette familiarité est trompeuse : reconnaître une information n’est pas la même chose que pouvoir la retrouver et l’utiliser.

L’effet de test

Les travaux en psychologie cognitive montrent qu’essayer de retrouver une information de mémoire est bien plus efficace pour la retenir durablement que de la relire. Roediger et Karpicke (2006) ont montré que des étudiants qui s’étaient testés sur un texte s’en souvenaient mieux une semaine plus tard que ceux qui l’avaient relu, même s’ils se sentaient moins sûrs d’eux juste après l’étude.

Ce phénomène est appelé effet de test, ou apprentissage par récupération.

À retenir : Récupérer en mémoire renforce l’apprentissage ; Des quiz courts, fréquents, sans enjeu ; Espacer les révisions dans le temps
À retenir : Se tester pour apprendre, pas seulement pour être noté

Espacer dans le temps

Un second principe complète le premier : la pratique espacée. Réviser en plusieurs fois, réparties dans le temps, est plus efficace que de tout réviser en une seule fois. Une méta-analyse de référence a confirmé la robustesse de cet effet (Cepeda et al., 2006).

La synthèse de Dunlosky et ses collègues (2013) sur les techniques d’apprentissage classe d’ailleurs la pratique de récupération et la pratique espacée parmi les techniques les plus efficaces, alors que la relecture et le surlignage sont jugés peu utiles.

Des quiz pour apprendre

Ces résultats plaident pour des quiz fréquents, courts, sans enjeu de notation, répartis dans le temps. L’objectif n’est pas de mesurer, mais de faire travailler la mémoire. Les plateformes en ligne se prêtent très bien à ces pratiques :

  • des questions de révision au début de chaque séance sur les séances précédentes ;
  • des quiz que l’on peut refaire, avec des questions variées ;
  • des rappels automatiques à intervalles croissants ;
  • une rétroaction immédiate qui explique la bonne réponse.

Se tester n’est pas vérifier qu’on sait : c’est une manière d’apprendre.

Changer le regard des apprenants

Encore faut-il présenter ces quiz aux apprenants comme des outils d’apprentissage, et non comme des contrôles. Beaucoup d’apprenants associent le test à l’évaluation et à la note. Leur expliquer l’effet de test, et leur montrer qu’ils retiennent mieux en se testant, peut changer leur manière de réviser.

Un exemple concret

Dans un cours de didactique, une enseignante remplace les longues séances de révision avant l’examen par des quiz courts au début de chaque séance. Chaque quiz porte sur les notions des séances précédentes, y compris les plus anciennes. Les quiz ne sont pas notés, mais la correction est discutée collectivement.

Au début, les étudiants sont surpris de leurs difficultés à retrouver des notions qu’ils pensaient maîtriser. Peu à peu, ils prennent l’habitude de se tester eux-mêmes. À l’examen, les résultats sont meilleurs que les années précédentes, en particulier sur les notions vues en début de semestre.

Ce que cela change pour l’évaluation

Pour évaluer un dispositif, il est intéressant d’examiner la place accordée à la pratique de récupération et à la pratique espacée. Ces techniques sont parmi les plus efficaces, mais elles sont encore peu présentes dans de nombreux dispositifs, qui privilégient la présentation de contenus.

Les données des plateformes permettent de suivre l’usage des quiz d’entraînement et leur lien avec les résultats finaux. Karpicke et Blunt (2011) ont même observé que la pratique de récupération produisait de meilleurs apprentissages qu’une activité d’élaboration comme la construction de cartes conceptuelles.

En conclusion

Se tester est l’une des meilleures manières d’apprendre. Des quiz courts, fréquents, sans enjeu et espacés dans le temps renforcent la mémorisation à long terme. Encore faut-il les présenter comme des outils d’apprentissage, et aider les apprenants à dépasser l’illusion de maîtrise que procure la relecture.

Et vous ? Vos apprenants utilisent-ils les quiz pour réviser, ou seulement pour être évalués ?

Références

  1. Cepeda, N. J., Pashler, H., Vul, E., Wixted, J. T., et Rohrer, D. (2006). Distributed practice in verbal recall tasks: A review and quantitative synthesis. Psychological Bulletin, 132(3), 354–380.
  2. Dunlosky, J., Rawson, K. A., Marsh, E. J., Nathan, M. J., et Willingham, D. T. (2013). Improving students’ learning with effective learning techniques. Psychological Science in the Public Interest, 14(1), 4–58.
  3. Karpicke, J. D., et Blunt, J. R. (2011). Retrieval practice produces more learning than elaborative studying with concept mapping. Science, 331(6018), 772–775.
  4. Roediger, H. L., et Karpicke, J. D. (2006). Test-enhanced learning: Taking memory tests improves long-term retention. Psychological Science, 17(3), 249–255.

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À propos de l'auteur

Ibrahim Ben Khajjou

Doctorant en sciences de l'éducation à l'ENS de Tétouan. Spécialisé dans l'évaluation de dispositifs et de programmes de formation, il s'intéresse aussi à l'éducation numérique et à l'IA en éducation.

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